Régime fiscal des impatriés en France
Domaine d'expertise

Impatriation fiscale en France :
régime des impatriés

Article 155 B du CGI — salariés et dirigeants appelés de l'étranger.

Le régime des impatriés est un régime temporaire d'exonération d'impôt sur le revenu. Il ne s'applique pas automatiquement à tout retour en France. Il suppose une analyse préalable de la prise de fonctions, de la résidence fiscale antérieure, du contrat, de la rémunération et des revenus étrangers concernés.

En bref

Le régime des impatriés permet, sous conditions, d'exonérer temporairement d'impôt sur le revenu certains éléments de rémunération liés à l'arrivée en France, ainsi que certains revenus patrimoniaux étrangers. Il vise les salariés et certains dirigeants fiscalement assimilés qui n'étaient pas résidents fiscaux français au cours des cinq années civiles précédant leur prise de fonctions, et qui viennent exercer leur activité dans une entreprise établie en France. Pour les prises de fonctions intervenues depuis le 6 juillet 2016, le régime peut s'appliquer jusqu'au 31 décembre de la huitième année civile suivant celle de la prise de fonctions. Le sujet doit être traité avant l'arrivée effective ou, au plus tard, avant la structuration définitive du contrat, car la preuve du recrutement depuis l'étranger, la qualification de la prime et les plafonds d'exonération sont déterminants.

Art. 155 B CGI

Conditions, rémunération
et sécurisation du régime

Le régime fiscal des impatriés est un régime d'exception. Il doit donc être documenté. Il ne suffit pas d'arriver en France après plusieurs années à l'étranger. Il faut vérifier la qualité du contribuable, les conditions de recrutement, la résidence fiscale antérieure, la résidence fiscale française à compter de la prise de fonctions et la nature exacte des revenus pour lesquels l'exonération est recherchée.

Le régime vise principalement les salariés et certains mandataires sociaux assimilés fiscalement à des salariés. Sont notamment concernés, selon la forme sociale, les dirigeants de sociétés anonymes, les dirigeants de SAS par assimilation, les gérants minoritaires ou égalitaires de SARL, ainsi que les dirigeants soumis au régime fiscal des salariés dans les sociétés ou organismes passibles de l'impôt sur les sociétés.

Les deux voies d'entrée dans le régime

La première voie est la mobilité intragroupe. La personne était préalablement employée par une entreprise établie hors de France et est appelée à exercer une activité dans une entreprise établie en France ayant des liens avec l'entreprise d'origine. Ces liens peuvent être capitalistiques, juridiques, commerciaux ou organisationnels.

La seconde voie est le recrutement direct depuis l'étranger. Le contribuable peut être recruté directement par une entreprise française alors qu'il réside encore hors de France. La documentation administrative et la jurisprudence admettent que le candidat puisse avoir postulé depuis l'étranger. En revanche, une personne déjà installée en France au moment du recrutement, ou venue en France de sa propre initiative avant le recrutement, ne se trouve pas dans la même situation.

Point de méthode : la preuve est centrale. Il faut conserver les échanges de recrutement, les justificatifs de résidence étrangère, les dates de déplacement, le contrat, les avenants et les éléments établissant que le domicile réel n'avait pas déjà été transféré en France au moment du recrutement.

La condition de non-résidence française antérieure

Le contribuable ne doit pas avoir été fiscalement domicilié en France au cours des cinq années civiles précédant celle de sa prise de fonctions. Cette condition est indifférente à la nationalité : elle peut être remplie par une personne française comme par une personne étrangère. En présence d'une convention fiscale, l'analyse doit également tenir compte de la résidence conventionnelle.

La date de prise de fonctions correspond, en pratique, à la date à laquelle commence effectivement l'exécution du contrat de travail ou du mandat social au sein de l'entreprise située en France. Cette date sert aussi à déterminer la durée maximale du régime.

La domiciliation fiscale en France pendant le régime

Le régime n'est pas un régime de non-résident. Il suppose au contraire que le bénéficiaire soit fiscalement domicilié en France, au sens des critères du foyer ou du séjour principal et de l'activité professionnelle principale. Le respect de ces conditions s'apprécie année par année. Si les conditions ne sont pas respectées au titre d'une année, le régime ne s'applique pas pour cette année, sans nécessairement remettre en cause les années antérieures ou postérieures si les autres conditions restent réunies.

Une tolérance existe pour l'année d'arrivée lorsque des contraintes professionnelles ou familiales retardent l'installation du foyer. Cette tolérance concerne l'exonération sur les rémunérations depuis la prise de fonctions lorsque le foyer s'installe en France dans l'année de la prise de fonctions ou l'année suivante. Elle ne vise pas, en revanche, les revenus patrimoniaux étrangers.

Prime d'impatriation : réel ou forfaitaire

La prime d'impatriation correspond au supplément de rémunération directement lié à l'exercice temporaire de l'activité professionnelle en France. Elle peut être exonérée pour son montant réel lorsqu'elle est prévue ou objectivement déterminable dans le contrat de travail, le mandat social ou un avenant établi avant la prise de fonctions.

Une option forfaitaire peut permettre de retenir une prime réputée égale à 30 % de la rémunération nette totale. Cette option ne doit pas être utilisée mécaniquement. Elle doit être rapprochée de la rémunération de référence, de la situation contractuelle et des plafonds applicables.

Activité exercée à l'étranger pendant l'impatriation

Le régime peut également couvrir la part de rémunération correspondant aux missions effectuées à l'étranger dans l'intérêt direct et exclusif de l'entreprise. Cette fraction doit être justifiée par les éléments de fait : jours travaillés à l'étranger, notes de frais, billets, cartes d'embarquement, calendriers professionnels et tout document permettant d'établir la réalité de l'activité exercée hors de France.

Les plafonnements à choisir chaque année

Le contribuable doit arbitrer entre deux plafonnements. Le premier limite l'ensemble de la rémunération exonérée à 50 % de la rémunération totale. Le second limite uniquement l'exonération de la part de rémunération correspondant à l'activité exercée à l'étranger à 20 % de la rémunération imposable, nette de la prime d'impatriation. Ce choix peut être effectué chaque année et doit être chiffré.

Revenus patrimoniaux étrangers

Le régime permet aussi, sous conditions, une exonération d'impôt sur le revenu à hauteur de 50 % de certains revenus patrimoniaux étrangers. Sont notamment visés certains revenus de capitaux mobiliers, certains produits de propriété intellectuelle ou industrielle et certaines plus-values de cession de valeurs mobilières et droits sociaux réalisés hors de France. Cette exonération est partielle, conditionnée et ne couvre pas indistinctement tous les revenus étrangers.

La localisation du débiteur, l'État de paiement, l'existence d'une convention ou d'un accord d'échange de renseignements, la nature du revenu et les obligations déclaratives doivent être vérifiés. Les revenus et plus-values exonérés peuvent également produire des effets en matière de revenu fiscal de référence, de prélèvements sociaux et de déclarations complémentaires.

Obligations déclaratives

L'employeur doit distinguer les rémunérations imposables et celles exonérées au titre du régime des impatriés. Le contribuable doit, de son côté, déclarer les revenus concernés dans les cadres appropriés. Les revenus de capitaux mobiliers étrangers impliquent notamment la déclaration d'ensemble des revenus, une déclaration complémentaire et, selon les cas, la déclaration des revenus encaissés à l'étranger. Les plus-values concernées peuvent nécessiter des imprimés spécifiques.

Audit impatriation

Le cabinet vérifie l'éligibilité au régime, la rédaction du contrat, les options de rémunération et les obligations déclaratives françaises.

Art. 155 BCGI · BOI-RSA-GEO-40
✓ Recrutement depuis l'étranger
✓ Non-résidence française 5 ans
✓ Prime réelle ou forfaitaire 30 %
✓ Revenus patrimoniaux étrangers
✓ Déclarations 2042 / 2042 C / 2047 / 2074
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Erreurs fréquentes en matière d'impatriation

Traiter le régime après coup

Le contrat, l'avenant, la date de prise de fonctions et la preuve du recrutement depuis l'étranger doivent être préparés avant que la situation soit figée.

Croire que la nationalité suffit

Le régime n'est pas réservé aux étrangers et n'est pas acquis aux Français revenant en France. La condition décisive est la non-domiciliation fiscale en France pendant les cinq années civiles précédentes.

Appliquer automatiquement le forfait de 30 %

L'option forfaitaire doit être comparée au réel, aux plafonds et à la rémunération de référence. Elle n'est pas toujours optimale ni toujours suffisamment sécurisée.

Oublier la résidence conventionnelle

La résidence fiscale française doit être analysée en droit interne et, lorsque cela est nécessaire, au regard de la convention fiscale applicable.

Doctrine et jurisprudence

Les points de vigilance
à intégrer dès le départ

01
Recrutement depuis l'étranger
La situation doit démontrer que le contribuable n'avait pas déjà transféré son domicile réel en France au moment du recrutement. La jurisprudence admet qu'un salarié puisse postuler en France depuis l'étranger.
CAA Paris 10 juin 2022 · BOI 11 août 2025
02
Emploi à durée indéterminée
La doctrine administrative admet le régime pour les emplois à durée déterminée ou indéterminée. La sécurisation peut être déterminante lorsque le contrat n'est pas limité dans le temps.
BOI-RSA-GEO-40-10-10 · CE 22 déc. 2020
03
VIE et cinq années
Un VIE peut empêcher de remplir la condition de non-domiciliation antérieure lorsque le contribuable est regardé comme agent de l'État fiscalement domicilié en France.
TA Paris 23 mai 2017
04
Entreprise d'accueil
L'entreprise d'accueil doit être établie en France. La question est sensible pour certaines structures publiques ou non lucratives, et doit être vérifiée avant d'invoquer le régime.
CE QPC 20 mai 2015
Questions fréquentes

Impatriation fiscale :
questions fréquentes

Les salariés et certains dirigeants fiscalement assimilés aux salariés peuvent en bénéficier lorsqu'ils sont appelés de l'étranger ou recrutés directement depuis l'étranger par une entreprise établie en France, sous réserve notamment de ne pas avoir été fiscalement domiciliés en France au cours des cinq années civiles précédant la prise de fonctions.
Pour les prises de fonctions intervenues depuis le 6 juillet 2016, l'exonération peut s'appliquer jusqu'au 31 décembre de la huitième année civile suivant celle de la prise de fonctions en France, à condition que les conditions soient respectées pour chaque année concernée.
Non. La prime peut être déterminée pour son montant réel ou, dans les cas prévus, selon une option forfaitaire de 30 % de la rémunération nette totale. Le choix doit être chiffré et sécurisé au regard du contrat, de la rémunération de référence et des plafonnements.
Non. L'exonération de 50 % ne concerne que certains revenus patrimoniaux étrangers et certaines plus-values réalisées hors de France, sous conditions. Les revenus doivent être qualifiés, documentés et correctement déclarés.
Le régime ne s'applique pas pour l'année concernée. En principe, cela ne remet pas automatiquement en cause les années antérieures ou postérieures, si les conditions sont par ailleurs réunies pour ces années.
Le régime s'applique de plein droit lorsqu'il est rempli. Un rescrit peut néanmoins être utile dans les situations sensibles : recrutement complexe, mobilité intragroupe, rémunération importante, arrivée progressive du foyer, revenus étrangers significatifs ou risque de contrôle.

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